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Le 3ème aéroport et les nuisances aériennes en Ile-de-France |
21.05.02 |
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Intervention de M. Jean-Pierre Blazy, Président de l'association « Ville et Aéroport »
Mesdames, Messieurs les journalistes,
Je tiens à exprimer devant vous mon inquiétude suite aux déclarations du nouveau Ministre des Transports, M. Gilles de Robien, et du secrétaire d'Etat au Transport, M. Dominique Bussereau, sur la question du 3ème aéroport parisien. En effet, M. DE Robien a indiqué qu'il souhaitait reprendre le dossier à zéro et à même remis en question la nécessité du troisième aéroport dans le Grand Bassin Parisien.
M. De Robien revient sur la parole de l'Etat et la décision prise par le gouvernement Jospin d'implanter le troisième aéroport sur le site de Chaulnes dans la Somme. Il est logique que le Député-Maire d'Amiens conteste le choix de Chaulnes en tant qu'élu local. Mais il ne peut, en tant que Ministre de la République, ignorer et abandonner un long processus de concertation présidé par M. Zémor dans le cadre de la Commission Nationale du Débat Public entre février (lettre de mission) et octobre 2001. Durant ces huit mois, la concertation a été la plus large possible, plusieurs sites ont été examinés avec soin par la mission DUCSAI, de nombreuses rencontres se sont tenues à Paris et en Province, et la décision de l'Etat du 15 novembre dernier a été prise avec attention et précaution en toute connaissance de cause au nom de l'intérêt général. Je tiens à rappeler que le Conseil Municipal d'Amiens avait formulé lui-même le vœu, en 1996, alors que le site de Beauvilliers avait été réservé, dans le cadre de la mission Douffiagues, par le gouvernement Juppé, que le troisième aéroport s'installe en Picardie.
Il est inconvenant de reprendre « à zéro » ce dossier et rayer d'un trait de plume plusieurs mois de concertation et de débat public. La mission DUCSAI a démontré la nécessité d'un troisième aéroport pour désengorger les aéroports parisiens existants, Roissy CDG et Orly. Je constate une saturation environnementale en Ile-de-France et il est clairement ressorti du débat public que les aéroports de province et le TGV ne pourront absorber le trop plein de trafic parisien. C'est un principe acquis que la construction d'un troisième aéroport s'impose pour desserrer l'étau des nuisances dans lequel se trouve enserrée la population francilienne. Pour les populations riveraines de Roissy CDG et d'Orly, le seuil d'acceptabilité aux nuisances aériennes renvoie aux engagements pris par l'Etat : 55 millions de passagers à Roissy CDG (ce qui correspond à 600 000 mouvements annuels) et 250 000 mouvements annuels sur Orly (couvre-feu). Revenir sur une telle décision, c'est pénaliser les 400 000 riverains de Roissy et d'Orly, c'est le déplafonnement assuré de Roissy et d'Orly et la mise en place d'une politique ultra-libérale visant à optimiser les capacités de ces aéroports. M. Bussereau, Secrétaire d'Etat aux Transports, a même avancé le chiffre de 80, voire 90 millions de passagers sur Roissy CDG et considère qu'Orly est « sous-utilisé » ! Mais on ne peut développer un aéroport de façon non-maîtrisée. Il faut avant tout concilier l'exigence économique et l'exigence environnementale. Ne pas faire le choix du 3ème aéroport à Chaulnes, c'est faire le choix de la solution libérale !
Toutes les études montrent qu'à l'horizon 2015-2020, le trafic aérien va doubler. Le ralentissement actuel lié aux événements du 11 septembre aux Etats-Unis ne remettent pas en cause une pente constante d'expansion annuelle de 4 à 5%. D'ici à 2020, il y aura un besoin d'accueillir 80 millions de passagers supplémentaires dans notre pays. Il s'agit donc de respecter l'engagement de construire une nouvelle-plate forme internationale à Chaulnes à l'horizon 2015 sachant qu'il faut entre 10 et 15 ans pour construire le nouvel aéroport.
Si on ne le fait pas, cela signifie que l'on renforcera le trafic dans les aéroports parisiens, qu'il y aura entre 40 à 50 millions de passagers de plus pour Orly et Roissy et des nuisances plus fortes pour tous les riverains de la région parisienne.
Il est nécessaire de mettre en service un troisième aéroport situé au nord/nord-est de l'Ile-de-France, en synergie avec Roissy CDG de façon à contribuer à un rééquilibrage du territoire francilien. Les intérêts électoraux ne sont pas de mise sur cette question.
L'association nationale d'élus « Ville et Aéroport » est pour le respect des engagements pris par l'Etat sur cette question et considère que la décision prise par Lionel Jospin et les mesures qui l'accompagnent doivent être suivies. Elle encourage une réalisation planifiée de la nouvelle plate-forme internationale dans le grand bassin parisien, désignée sous le nom de « Picardie-Europe » et le commencement des travaux en 2005. Elle note le programme prévisionnel jusqu'à la mise en service de l'aéroport arrêté par le préfet de Picardie, M. Cadoux. La gestion de la saturation du trafic sur Paris est en effet inacceptable (sécurité, environnement, retards) et les possibilités de desserrement du trafic sur les petites plates-formes parisiennes extrêmement limitées, tant en capacité qu'en temps gagné. Les possibilités de développement des aéroports de province qui connaissent déjà une forte croissance du trafic et qui permettraient le redéploiement d'une partie du trafic parisien doivent être examinées et évaluées avec attention et précaution.
L'association « Ville et Aéroport » est favorable à ce qu'une partie des activités fret liées à l'aéroport de Roissy CDG soient transférées sur la plate-forme de Vatry (Marne) ainsi qu'une partie des vols charters. Vatry constitue une solution d'accueil immédiatement opérationnelle et permettrait de soulager les mouvements d'avions de nuit liés au fret sur Roissy CDG. Elle est pour l'instauration d'un couvre-feu partiel sur le cœur de la nuit (00h-6h00) à Roissy CDG et juge pertinentes les conclusions rendues récemment par un rapport parlementaire sur les vols de nuit.
Ont été entendus ensemble les engagements de l'ancien gouvernement Jospin sur les plafonnements actuels des aéroports parisiens et les souhaits de limitation des riverains, qui ont fait valoir dans le débat les conséquences aggravées des nuisances aériennes, notamment sonores et nocturnes, sur la qualité de vie, la santé et l'habitat de centaines de milliers de personnes. Le nouveau gouvernement Raffarin ne peut revenir sur la décision qui a été prise à moins de prendre un peu plus de retard sur cette question, d'en faire avant tout un enjeu politique et électoral et surtout de pénaliser encore les riverains touchés par les nuisances.
Manifestement, la solution ne saurait être trouvée, ni dans les seuls progrès de l'emport moyen des avions ou de la gestion des créneaux aériens, ni dans le développement des aéroports franciliens , ni, comme cela a pu être entendu, dans l'indemnisation et le déplacement massif des populations installées !
Pour conclure, nous disons qu'il faut non seulement maintenir le choix de Chaulnes comme site du futur troisième aéroport, mais aussi mettre en œuvre un plan d'action visant à réduire les nuisances aériennes en Ile-de-France, comme l'avait envisagé le gouvernement Jospin. Celui-ci avait proposé plusieurs solutions pour améliorer la situation des riverains des aéroports franciliens d'Orly et de Roissy, et notamment durant la période transitoire avant la mise en service de la nouvelle plate-forme (2002-2015). Car la solution aux nuisances pour les aéroports parisiens ce n'est pas seulement le troisième aéroport, mais également un plan de réduction des nuisances. L'association « Ville et Aéroport » suggère ainsi pour l'avenir un plan d'accompagnement indispensable d'un nouvel aéroport, qui ne saurait être conçu sans éviter les erreurs du passé identifiées.
Il s'agit d'émettre les préconisations suivantes :
la limitation des vols de nuit, particulièrement mal tolérés par les riverains, et le transfert d'une partie du fret et des vols charters sur des plates-formes situées dans des zones faiblement peuplées comme l'aéroport de Vatry (Marne).
Un plan de soutien au développement maîtrisé des dix grands aéroports régionaux doit être arrêté (le gouvernement Jospin proposait une enveloppe de 760 millions d'euros). Les grands aéroports régionaux se sont beaucoup développés. Il convient de promouvoir une politique de développement durable qui concilie l'économie du transport aérien et l'environnement comme pour les aéroports parisiens existants.
La révision des PEB et des PGS doit être encouragée afin d'élargir les périmètres, d'harmoniser les zones et d'utiliser un nouvel indice de gêne plus représentatif que l'indice psophique (le Lden).
Sur ce point, un décret est paru le 26 avril dernier. Sachez qu'un projet de loi sur les PEB, validé par le Conseil des Ministres, est dans les cartons et doit servir de base. Ce projet de loi PEB vise à garantir une meilleure protection des populations riveraines contre les nuisances sonores et doit permettre une meilleure maîtrise de l'urbanisation autour des aéroports. Cette meilleure maîtrise sera également assurée dans les zones de bruit plus faible (zones dites « D ») des PEB. L'établissement de ces plans inclura le trafic devant être atteint au terme du développement de l'aéroport. La réforme des plans d'exposition au bruit est indispensable pour qu'ils prennent mieux en compte la réalité du bruit, dans l'espace et dans le temps. Les PEB ont été critiqués en raison d'indices de mesure du bruit inadaptés, et suivant peu l'évolution de l'activité de l'aéroport dans le temps. En outre, le projet de loi prévoit le rachat préventif des logements susceptibles d'être fortement exposés au bruit durant une période de deux ans après la mise en service de la nouvelle plate-forme. (Cf. amendement à la loi « Démocratie de proximité).
Pour les PGS et l'aide à l'insonorisation des logements et des établissements publics, une amélioration de la réglementation est nécessaire. L'association « Ville et Aéroport » suggère qu'il faut aller plus loin et favoriser le principe de l'unicité communale.
Pour définir les modalités d'application des mesures prévues ci-dessus aux aéroports existants, une concertation avec les collectivités locales et les commissions consultatives de l'environnement doit être organisée.
Le développement des dessertes terrestres doit être poursuivi et notamment le développement du réseau TGV qui doit permettre la mise en place des lignes de substitution performantes (report modal de l'avion sur le train).
Les décisions concernant toute modification de couloir aérien devront faire l'objet d'une concertation publique (cf. amendement à la loi « démocratie de proximité »). De nouvelles règles et procédures, tenant compte des contraintes de sécurité, doivent être définies et mises en œuvre par l'ACNUSA pour garantir le respect de ces couloirs aériens.
OUI AU TROISIEME AEROPORT A CHAULNES ET A L'APPLICATION D'UN PLAN DE REDUCTION DES NUISANCES AERIENNES EN ILE-DE-FRANCE.
OUI AU DEVELOPPEMENT MAITRISE DES AEROPORTS REGIONAUX.
OUI A LA REFORME RAPIDE DES PEB ET DES PGS.
OUI A UNE LIMITATION DES VOLS DE NUIT SUR ROISSY CDG ET A L'INSTAURATION D'UN COUVRE-FEU PARTIEL SUR LE CŒUR DE LA NUIT (0H00-6H00).
NON A LA SOLUTION LIBERALE QUI ENCOURAGE L'OPTIMISATION DES CAPACITES DES PLATES-FORME PARISIENNES EXISTANTES ET L'AUGMENTATION DU TRAFIC ET DES NUISANCES POUR LES MILLIERS DE RIVERAINS CONCERNES (400 000).
Mardi 21 mai 2002 à 9H00
Restaurant « Chez Françoise » - Aérogare des Invalides
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